Isabelle Alonso – L’exil est mon pays

Angel, curieux de tout, se mit au français et au prolo dans le texte. Ses compagnons de circonstance lui apprenaient des mots, lui faisaient des blagues lourdingues d’atelier, genre passe-moi l’huile de coude, le baume d’acier, le tournevis à souder. Des blagues de cul aussi. Angel en avait entendu d’autres à l’armée, mais ce genre d’humour ne le faisait tout simplement pas rire, pas sourire même. Quand ils le questionnaient sur sa vie, il se vengeait. Comment elle est ta femme ? Elle est belle, très belle. Elle danse le flamenco ? Bien sûr que oui. Tous les matins, elle met ses castagnettes, sa robe à pois et elle se lance dans des pirouettes et zapateados jusqu’à l’heure du repas. Et t’as déjà vu une corrida ? Non seulement, j’ai vu une corrida, mais on a un taureau à la maison, qui s’appelle Paquito et tous les soirs faut le sortir pisser, une vraie corvée. Tu te foutrais pas un peu de nous ? Pas mon genre. T’as qu’à nous la faire voir ta femme, t’as bien une photo ? Bien sûr que j’ai une photo mais je ne vous la montrerai jamais, nous, les Espagnols on est très jaloux. Si tu voyais ma femme, je serais obligé de te tuer, c’est comme ça, c’est la coutume… 

J’avais deux gros doutes avant d’ouvrir ce livre.
Le premier consistait en la personne d’Isabelle Alonso, que je connaissais surtout comme chroniqueuse super féministe dans la bande à Ruquier. J’avais un  peu peur que ce côté féministe ne transparaisse trop. Le doute est vite soulevé. Ce roman parlera d’enfance et pas de son combat pour les femmes dont elle a déjà parlé dans d’autres romans.
Le deuxième me faisait plus peur. Faire parler une petite fille peut souvent être caricatural. Ils sont nombreux les auteurs à faire parler les enfants en massacrant la langue française (en créant des phrases telles que « z’adoooore les zucettes au zitron ! »). Isabelle Alonso ne le fait pas et c’est tant mieux. C’est donc d’une manière adulte qu’elle fait parler un enfant et c’est très beau.
Pour vous résumer l’histoire : Gus, la petite héroïne de ce roman est la fille d’Espagnols qui ont du quitté l’Espagne pour la France. Elle se rend compte à travers plusieurs anecdotes qu’elle n’est pas comme les autres. Chez elle, on ne parle pas la même langue qu’en dehors. Ce n’est pas son pays, Isabelle Alonso nous raconte son histoire (qui ne doit pas être loin de l’autobiographie en fait) tout en finesse et avec beaucoup d’humour comme le montre l’extrait que je vous montre ci-dessus !Ce livre est un gros coup de coeur pour moi. Alonso m’a permis d’entrevoir ce que c’est qu’être une exilée, d’avoir « son cul entre deux chaises ». Parce que la petite Gus n’est pas totalement française ni totalement espagnole. Son pays, c’est l’exil, un mélange entre ces deux cultures. Ayant beaucoup de mes proches dans cette situation, je comprends un peu mieux leur ressenti grâce à ce livre. Enfin bref, je vous le conseille vivement!

5 sur 5

Auteur: Isabelle Alonso
Titre: L’exil est mon pays
Edition: Pocket
Genre: Roman
Pages: 341

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