Anne-Dauphine Julliand – Deux petits pas sur le sable mouillé

On quitte un peu le monde des romans pour un témoignage bouleversant. Tout commence lorsque la maman de Thaïs se rend compte que sa fille a un peu le pied qui tourne. Le jour de ses deux ans, le verdict tombe : elle souffre d’une maladie dégénérative et n’aura plus que quelques années au vivre au mieux. Une maladie dégénérative… je me demande s’il n’y a pas plus effroyable que ça. Voir un proche perdre peu à peu ses capacités puis ses sens. Mais alors comment survit-on à ça lorsque ça arrive à notre propre enfant de deux ans ?

C’est un peu de tout ça que va parler ce livre. Et cette famille nous donne une belle leçon : donner de la vie au jours à défaut de pouvoir donner plus de jours à la vie. C’est un formidable message d’espoir que nous transmet cette famille. La narratrice est également enceinte au moment où elle apprend la nouvelle et le futur bébé a 1 chance sur 4 d’avoir cette foutue maladie également.

Je crois que bon nombre de personnes auraient défailli dans ce genre de situation. Mais cette famille a beaucoup de soutien de tout côté et je trouve cela formidable. C’est vraiment ça qui leur permettra de résister à ces tragiques nouvelles.

Le récit est bouleversant et pourtant, plein de petites joies du quotidien. J’ai eu souvent les larmes à l’oeil avec ce livre, c’est vrai, mais j’ai eu tout autant de sourires.

Bref, une superbe histoire que je vous conseille de lire si ce n’est déjà fait.

Auteur : Anne-Dauphine Juliand

Titre : Deux petits pas sur le sable mouillé

Edition : J’ai lu

Genre : Témoignage

Pages : 247

Svetlana Alexievitch – La supplication

la supplication

Tchernobyl. Ce mot est aujourd’hui indubitablement associé à la catastrophe nucléaire qui s’est produit. On pense aux nuages, aux malformations mais est-ce qu’on sait vraiment intéresser à ceux qui ont vécu ce drame ? A ceux qui habitaient tout près de la centrale ? Avec cette série de témoignage, c’est ce qu’a voulu faire Svetlana Alexievitch.

J’ai découvert ce livre en audiobook, les témoignages m’ont semblé encore plus retentissants vu qu’ils étaient joués par des acteurs.

Alors, je vous le dis tout de suite, il faut s’accrocher avec La supplication. Les témoignages sont bruts, ils sont sincères et on ne peut que se sentir en totale osmose avec les personnes qui ont vécu ce drame. J’ai pleuré en écoutant leur vécu, leur misère et leur détresse. On se sent tellement impuissant face à eux, qui vivaient simplement et naïvement avant le drame. On a envie d’hurler en entendant les discours qu’on leur a dit, ces fausses communications rassurantes. On a aussi envie de pleurer lorsqu’on voit le résultat désastreux sur les enfants. Je crois que c’est lorsqu’une jeune mère explique qu’elle va devoir appuyer sur le ventre de sa petite fille de 4 ans toutes les 30 minutes toute sa vie durant afin de l’aider à uriner. Comment peut-on accepter pareille vie ?

Aujourd’hui, à l’heure où on essaie de tirer les centrales nucléaires jusqu’à leur dernier souffle, il serait bon que les politiques lisent ce genre d’ouvrages pour se rendre compte du risque qu’ils nous font courir. C’est aussi évidemment à nous de nous soulever lorsque de telles décisions sont prises ou de faire des choix éclairés.

La supplication fait froid dans le dos car il explique un cauchemar que des tas de personnes ont vécu pas très loin de chez nous mais également car il risque à tout moment de se reproduire.

Auteur : Svetlana Alexievitch

Titre : La supplication

Edition : J’ai lu

Genre : Non fiction, Témoignage

Pages : 250

Marc Spaccesi – Acompte d’auteur

acompte d'auteur Ce livre est le témoignage de Marc Spaccesi qui nous raconte son parcours pour être édité.

En tant que blogueuse, j’étais très intéressée de découvrir cet ouvrage. Comme pas mal de mes comparses, je reçois souvent des messages d’auteur désirant me faire découvrir leur oeuvre. Il arrive parfois que le respect n’est pas présent et que j’ai le sentiment d’être simplement un outil et non une personne pour ses auteurs.

Ce livre m’a aidée à mieux les comprendre. En effet, dans ce livre, on voit très bien dans quelle univers difformant se trouve certains auteurs. Galvanisé par les bonnes critiques des proches, l’auteur semble sur un petit nuage et ses propos sur son travail semblent très prétentieux. De ce fait, une fois le livre publié, l’auteur va tenter de parler de son livre par tous les moyens et à tous ceux qu’il peut croiser : ses proches, les librairies, les visiteurs de salon, etc. C’est souvent à ce moment-là que les blogueurs sont également contactés. L’auteur n’en fait pas part ici vu qu’il a publié ses livres avant que la blogosphère soit vraiment présente. Mais de ce fait, on peut comprendre les réactions très vives voir violentes de ces auteurs qui tout d’un coup se prennent une baffe dans la face : un blogueur qui répond sèchement à un mail général, mauvaises critiques sur les blogs ou dans la presse ou le refus des éditeurs. L’auteur n’ayant reçu que des éloges jusque là, c’est un vrai électrochoc pour lui.

Loin de trouver l’homme derrière cet ouvrage attachant, j’ai eu plutôt pitié de lui qui faisait passer ce désir d’être édité avant tout le reste, même avant sa famille. Mais ce qui me chagrine un peu dans ce témoignage, c’est qu’il n’explique pas pourquoi l’auteur désire à tout prix être publié, reconnu. Pourquoi ses livres ne peuvent pas rester dans un tiroir ou uniquement lu par ses proches ? Pourquoi faut-il que la Terre entière entende parler de son oeuvre ? Pourquoi ce projet mérite autant de sacrifices ? Cet aspect n’est pas présent dans ce livre, ce qui est plutôt dommage car c’est vraiment ce qui m’interpelle et me questionne le plus.

Voilà donc un ouvrage intéressant mais également effrayant. Jusqu’où est-on prêt d’aller pour être publié ? Voilà en gros ce que raconte ce livre.

Auteur : Marc Spaccesi

Titre : Acompte d’auteur

Genre : Témoignage

Edition : Bookstory

Pages : 120

Sabine Dardenne – J’avais 12 ans, j’ai pris mon vélo et je suis partie à l’école…

j'avais 12 ans

Sabine Dardenne, vous connaissez ce nom mais peut-être n’arrivez-vous plus à savoir pourquoi. Mais si je vous parle de son ravisseur, nul doute n’est possible : Marc Dutroux, le monstre de Belgique.

En 2004, le procès le plus attendu du pays a eu lieu à Arlon. A l’époque, j’avais 15 ans et je me rappelle parfaitement d’une jeune femme de 20 ans qui m’a paru très forte. C’était Sabine Dardenne. Peu de temps après, ce témoignage est sorti et comme vous vous rendez compte, j’ai attendu de nombreuses années avant de le lire. Pourquoi ? Je ne voulais pas être une voyeuriste. Et puis finalement, je me suis dit que si elle l’a écrit, c’était peut-être car elle voulait que ça se sache pour que cela n’arrive plus jamais.

En ouvrant ce livre, je découvre quel est le sens de sa démarche. Effectivement, elle a écrit son histoire dans un but précis : avoir un meilleur suivi des pédophiles. Car il faut savoir que Marc Dutroux avait déjà été condamné pour ce crime avant de kidnapper Julie, Mélissa et les autres mais avait été relâché pour bonne conduite.

Ma seule crainte concernant ce témoignage a rapidement été balayée : il y a énormément de pudeur dans les propos de Sabine Dardenne. Elle ne décrit pas les sévices physiques mais plutôt ce qui lui passe par la tête. On se rend alors compte de toute la manipulation psychologique exercée sur elle. Son ravisseur lui a élaboré tout un scénario, dans lequel lui joue son sauveur. Et comme toute petite fille de 12 ans, elle y croit jusqu’au bout, remerciant même le monstre d’un baiser sur la joue lorsqu’il débarque à la police pour les libérer.

Un témoignage fort pour éviter que toutes ces abominations se reproduisent.

Je ne donne pas de note sur ce livre car ce serait indécent.

Auteur : Sabine Dardenne

Titre : J’avais 12 ans, j’ai pris mon vélo et je suis partie à l’école…

Edition : Pocket

Genre : Non fiction, témoignage

Pages : 183

D’autres avis : hylyirioTristhenya, Livre4EverJulianany

Toshio Suzuki – Dans le studio Ghibli – Travailler en s’amusant

Mon avis :

Dans le studio Ghibli – Travailler en s’amusant reprend le témoignage de Toshio Suzuki, le producteur du studio. Mélange de biographie et d’anecdotes, ce petit livre nous transporte au cœur de cette petite entreprise.

Bon, je commence par le gros défaut de ce livre : il n’a ni queue ni tête. C’est une suite de petites histoires concernant le studio Ghibli. Toshio Suzuki confond aussi certaines dates, il s’en excuse d’ailleurs dès le début du livre.

Mais n’empêche que ce livre m’a énormément plu ! Maintenant, je connais le contexte de production d’à peu près toutes les oeuvres du studio et j’ai envie de tous les regarder à nouveau. Je pense que j’aurai un tout autre regard sur ces dessins animés.

Dans ce livre, on en apprend aussi énormément sur Hayao Miyazaki et sur Isao Takahata, les deux grands réalisateurs. Ils ont une manière de travailler très différente. Pourtant, on se rend compte qu’au fond, ils sont restés de grands enfants.

Voilà donc un livre à offrir à tout amoureux des studio Ghibli mais je vous préviens, il risque d’être encore plus fan ;).

A noter que ce livre est sorti en 2008, on n’y parle donc pas d’Arrietty – le petit monde des chapardeurs.

4 sur 5

Et ça commence ainsi :

Je n’ai jamais songé à revenir sur ce qu’a été mon travail, à en faire l’inventaire. Parce qu’il me semblait qu’en classant les choses et en faisant le bilan on quittait le terrain.
C’est pourquoi je ne cherche pas à garder en mémoire ce que j’ai fait. Ou plutôt je crois qu’il vaut mieux oublier, et, parfois, il m’arrive même de m’y efforcer. « Quand je remets les compteurs à zéro, le projet suivant se passe bien » : pour moi, c’est une formule consacrée. Dans quelles circonstances en suis-je venu à raisonner ainsi ? À vrai dire, même cela est flou, mais il est possible qu’il y ait un lien avec le fait qu’à l’université je lisais les poèmes de Kenji Miyazawa (1896-1933) et que j’étais influencé par Shûji Terayama (1935-1983). Voilà ce que j’ai appris d’eux, à ma façon : ce qui est fini est fini ; ce qui compte, c’est l’instant présent. L’important, c’est maintenant, l’immédiat. Le passé n’a plus d’intérêt. Avec Hayao Miyazaki – Miya, comme je l’appelle -, voilà une trentaine d’années que nous nous parlons presque quotidiennement, mais nous n’avons jamais discuté du passé. Nous parlons toujours de maintenant. Nos conversations portent sur ce que nous devons faire maintenant, et aussi sur ce que nous ferons dans un an. Rien qu’avec ça, nous avons une multitude de choses à nous dire. Miya est un spécialiste de l’oubli. Et je crois que son secret de fabrication des films est lié à ça. Quand on a autant d’oeuvres à son actif, normalement, on se base dessus pour le prochain projet, n’est-ce pas ? On mise sur sa technique et son savoir-faire, on les creuse, c’est vers cela qu’on se tourne en premier. Mais Miya, non. Sa façon de relever le défi est celle d’un réalisateur débutant. C’est son originalité en tant qu’artiste, mais c’est peut-être aussi parce qu’il ne se souvient pas de ce qu’il a produit.

Auteur : Toshio Suzuki

Titre : Dans le studio Ghibli – travailler en s’amusant

Edition : Kana

Genre : Témoignage

Pages : 226